Le contrat de distribution structure la mise sur le marché des produits et services d'une entreprise. Distribution exclusive, sélective, concession, franchise ou approvisionnement : chaque schéma répond à une stratégie commerciale, mais tous se heurtent aux mêmes exigences du droit de la concurrence et des pratiques restrictives. Nous accompagnons têtes de réseau et distributeurs dans la conception, l'exécution et la rupture de ces relations.
Choisir le bon schéma de distribution
La distribution exclusive réserve un territoire ou une clientèle à un distributeur ; la distribution sélective retient les revendeurs sur des critères objectifs, souvent qualitatifs ; la concession et la franchise ajoutent une transmission de savoir-faire et de signes distinctifs. Le choix engage la validité des clauses d'exclusivité, de non-concurrence et de quotas, appréciées au regard du droit des ententes.
Le règlement (UE) 2022/720 sur les restrictions verticales exempte de nombreuses clauses lorsque la part de marché de chaque partie ne dépasse pas 30 % et que les obligations de non-concurrence n'excèdent pas cinq ans. Au-delà, ou en présence de restrictions caractérisées, la clause doit être appréciée individuellement.
Les restrictions caractérisées à éviter
Certaines pratiques sont particulièrement surveillées : l'imposition d'un prix de revente minimum, l'interdiction générale de revente en ligne, ou le cloisonnement absolu des territoires. Elles font perdre le bénéfice de l'exemption et exposent à un risque d'entente prohibée. La rédaction doit préserver la liberté commerciale du distributeur là où la loi l'exige, tout en protégeant l'image et la cohérence du réseau.
La formalisation de la relation commerciale
Entre fournisseurs et distributeurs, l'article L441-3 du Code de commerce impose une convention écrite mentionnant « les obligations réciproques auxquelles se sont engagées les parties à l'issue de la négociation commerciale », conclue pour un, deux ou trois ans. Une convention imprécise expose à un déséquilibre significatif sanctionnable et à des contestations sur le contenu réel des engagements.
La rupture : le risque majeur
Mettre fin à une relation de distribution est licite, mais la rompre brutalement ne l'est pas. L'article L442-1, II, du Code de commerce engage la responsabilité de l'auteur d'une rupture « même partielle, d'une relation commerciale établie, en l'absence d'un préavis écrit » proportionné à l'ancienneté de la relation. La loi sécurise un préavis de dix-huit mois, au-delà duquel la responsabilité ne peut être engagée pour durée insuffisante. Un déréférencement soudain, sans préavis, expose à une action en réparation.
À qui s'adresse notre accompagnement
Nous conseillons les têtes de réseau (fabricants, marques, franchiseurs) comme les distributeurs, concessionnaires et franchisés. Les intérêts sont souvent opposés : la tête de réseau veut la cohérence, l'image et la maîtrise de son maillage ; le distributeur veut la sécurité de son investissement et une sortie équitable. Notre rôle est d'objectiver ces tensions dans un contrat clair, conforme au droit de la concurrence, et de les gérer sans rupture brutale le moment venu.
Franchise, concession, agence : bien choisir le cadre
Le choix du modèle n'est pas qu'une question de vocabulaire. La franchise repose sur la transmission d'un savoir-faire éprouvé, de signes distinctifs et d'une assistance continue ; elle impose une information précontractuelle rigoureuse. La concession organise une revente exclusive sur un territoire. Le mandat d'agence, lui, fait basculer dans le statut protecteur de l'agent commercial. Un montage mal qualifié expose à des requalifications et à des indemnités non anticipées.
Points de vigilance
- Ne jamais imposer un prix de revente minimum ou fixe : restriction caractérisée.
- Encadrer, sans interdire totalement, la vente en ligne et les places de marché.
- Vérifier la durée des obligations de non-concurrence (cinq ans maximum pour l'exemption).
- Documenter l'ancienneté de la relation : elle détermine la durée du préavis de rupture.
- Formaliser chaque année la convention écrite dans les délais légaux.
Comment nous intervenons
- Audit et conception de réseaux (exclusive, sélective, franchise, concession).
- Rédaction des contrats-cadres, conditions générales et conventions uniques.
- Sécurisation des clauses au regard du droit de la concurrence (UE et national).
- Gestion des ruptures, préavis, et contentieux de la rupture brutale.
- Contentieux des pratiques restrictives et du déséquilibre significatif.
Comment se calcule un préavis de rupture
La durée du préavis n'est pas forfaitaire : elle s'apprécie concrètement. Les juges tiennent compte de l'ancienneté de la relation, du volume d'affaires réalisé, de l'état de dépendance économique du partenaire évincé, de la spécificité des investissements engagés et de la difficulté à retrouver un débouché équivalent. Plus la relation est ancienne et structurante, plus le préavis attendu est long. La loi fixe un repère de sécurité : un préavis de dix-huit mois met le rompant à l'abri du grief de durée insuffisante.
Lorsque le préavis est insuffisant, le préjudice réparé correspond en principe à la marge que le partenaire aurait dégagée pendant la durée de préavis qui aurait dû être respectée. D'autres préjudices peuvent s'ajouter : coûts de restructuration, licenciements rendus nécessaires, stocks devenus invendables. Anticiper ce calcul permet, du côté du rompant, de calibrer un préavis défendable, et du côté du partenaire évincé, de chiffrer sérieusement sa demande.
Questions fréquentes
Peut-on imposer un prix de revente à ses distributeurs ?
Non pour un prix minimum ou fixe imposé : c'est une restriction caractérisée. Seuls des prix maximaux ou conseillés, laissés libres, sont en principe admis.
Quel préavis avant de rompre une relation de distribution ?
Un préavis écrit proportionné à l'ancienneté et aux circonstances. Un préavis de dix-huit mois met à l'abri du grief de durée insuffisante (article L442-1, II).
Checklist avant de signer ou de rompre
- Identifier le schéma réel (exclusive, sélective, franchise, concession, agence) et ses contraintes de concurrence.
- Vérifier les parts de marché et la durée des exclusivités au regard du règlement (UE) 2022/720.
- Bannir toute imposition de prix de revente minimum ou fixe.
- Conclure et actualiser la convention écrite dans les délais légaux.
- Avant toute rupture, reconstituer l'historique de la relation et calibrer un préavis écrit proportionné.
- Formaliser chaque décision majeure par écrit, avec mise en demeure préalable si nécessaire.
Sources officielles
- Article L442-1 du Code de commerce, rupture brutale des relations commerciales : Légifrance
- Article L441-3 du Code de commerce, convention écrite : Légifrance
- Règlement (UE) 2022/720 sur les restrictions verticales : EUR-Lex
Chaque situation est particulière et nous ne promettons aucun résultat. Pour concevoir, sécuriser ou dénouer un réseau de distribution, nos avocats en droit de la distribution et de la concurrence vous accompagnent.