Régulariser un compte détenu à l’étranger : procédure, coût et risques

Relu et validé par Maître Arnaud Touati, avocat associé et co-fondateur du cabinet

Régularisation d'un compte bancaire détenu à l'étranger non déclaré
Sommaire

État du droit au 8 octobre 2026

Les règles citées dans cet article sont celles en vigueur à cette date. Elles peuvent évoluer avec la loi de finances pour 2027 et l’élection présidentielle d’avril 2027.

Un compte détenu à l’étranger et jamais déclaré ne se règle pas par l’oubli. L’échange automatique d’informations conduit les établissements étrangers à transmettre chaque année les soldes et les revenus des titulaires non résidents à leur administration, qui les communique à l’État de résidence. La question n’est donc plus de savoir si l’administration l’apprendra, mais quand, et dans quelles conditions.

Le cadre d’ensemble d’une situation internationale figure sur notre page départ de France et fiscalité.

Peut-on encore régulariser ?

Oui. Il n’existe plus de dispositif de régularisation à barème spécifique, mais le droit commun reste ouvert. Deux voies coexistent, et elles n’ont pas le même coût.

La déclaration rectificative spontanée, déposée avant toute démarche de l’administration. Le contribuable dépose les déclarations manquantes ou rectificatives sur la période non prescrite, déclare les comptes au moyen du formulaire 3916-3916 bis, acquitte les droits, l’intérêt de retard et les amendes. La démarche étant spontanée, la discussion sur les majorations pour manquement délibéré s’engage dans un contexte plus favorable.

La régularisation en cours de contrôle, prévue à l’article L62 du livre des procédures fiscales. Le contribuable dispose de trente jours à compter de la réception d’une demande de l’administration pour demander à régulariser. Trois conditions : l’irrégularité ne doit pas être constitutive d’une fraude, une déclaration complémentaire doit être déposée dans les trente jours, et les droits ainsi que l’intérêt réduit doivent être acquittés immédiatement ou selon l’échéance de l’avis. L’intérêt de retard est alors ramené à 70 % du taux prévu à l’article 1727 du code général des impôts.

Quelle est la procédure ?

  1. Reconstituer l’historique. Relevés annuels du compte depuis son ouverture, origine des fonds, mouvements entrants et sortants. C’est l’étape la plus longue et la plus déterminante.
  2. Établir l’origine des fonds. L’article 1649 A du CGI pose une présomption : les sommes transférées par l’intermédiaire d’un compte non déclaré sont présumées constituer des revenus imposables, sauf preuve contraire. Démontrer qu’il s’agit d’économies déjà imposées, d’une succession ou d’une donation régulièrement déclarée neutralise cette présomption.
  3. Déterminer la période reprise. Trois ans en principe, portée à dix ans par l’article L169 du livre des procédures fiscales en cas de manquement aux obligations des articles 1649 A et 1649 AA, pour les seules catégories de revenus non déclarées.
  4. Déposer les déclarations. Déclarations rectificatives de revenus, formulaires 3916-3916 bis pour chaque année et chaque compte, déclarations d’impôt sur la fortune immobilière le cas échéant.
  5. Accompagner d’une lettre circonstanciée exposant les faits, l’origine des avoirs et la démarche.

Quel est le coût ?

PosteMontantTexte
Droits éludésImpôt sur le revenu et prélèvements sociaux sur les revenus non déclarés de la période repriseDroit commun
Intérêt de retardTaux de l’article 1727 du CGI, ramené à 70 % en cas de régularisation en cours de contrôleArticles 1727 du CGI et L62 du LPF
Amende par compte non déclaré1 500 €, portée à 10 000 € si le compte est situé dans un État sans convention d’assistance administrative avec la FranceArticle 1736, IV, du CGI
Majoration sur les droits liés aux avoirs étrangers non déclarés80 %Article 1729-0 A du CGI

Un exemple chiffré

Un contribuable détient depuis 2014 un compte-titres en Suisse, jamais déclaré, alimenté par une succession reçue en 2013 et régulièrement déclarée à l’époque. Le compte produit 16 000 € de revenus annuels.

  • Origine des fonds établie : la succession déclarée neutralise la présomption de l’article 1649 A. Le capital n’est pas requalifié en revenus.
  • Période reprise : dix ans pour la catégorie de revenus non déclarée, en application de l’article L169 du livre des procédures fiscales.
  • Droits : 16 000 € par an au taux forfaitaire de 12,8 %, soit 2 048 € par an, hors prélèvements sociaux. Sur dix ans, environ 20 480 € au titre de l’impôt sur le revenu.
  • Amende : 1 500 € au titre du compte non déclaré, la Suisse étant liée à la France par une convention d’assistance administrative.
  • Majoration : jusqu’à 80 % des droits rappelés en application de l’article 1729-0 A, soit environ 16 380 € dans le cas le plus défavorable, à quoi s’ajoute l’intérêt de retard.

Le total reste sans commune mesure avec l’exposition qui résulterait d’un contrôle sur des fonds dont l’origine ne serait pas justifiée : la présomption aurait alors porté sur le capital lui-même.

Quel est le risque pénal ?

L’article 1741 du code général des impôts punit la soustraction frauduleuse à l’impôt de cinq ans d’emprisonnement et 500 000 € d’amende, peines portées à sept ans et 3 000 000 € lorsque les faits reposent notamment sur l’usage de comptes ou de contrats souscrits auprès d’organismes établis à l’étranger.

Deux éléments pèsent dans l’appréciation : le caractère spontané de la démarche, et l’importance des droits éludés. La régularisation ne confère aucune immunité, mais elle place le dossier dans une trajectoire différente de celle d’une découverte par contrôle.

Ce qu’il ne faut pas faire

  • Clôturer le compte et rapatrier les fonds sans rien déclarer. Le mouvement est visible et l’obligation déclarative vise expressément les comptes clos.
  • Déclarer l’année en cours seulement. La déclaration d’un compte pour la seule dernière année signale son existence sans purger les années antérieures.
  • Attendre la demande de l’administration. Elle fait perdre le caractère spontané, et le délai de trente jours de l’article L62 est court.
  • Transmettre des documents partiels. Un historique incomplet conduit l’administration à reconstituer elle-même, avec les présomptions qui lui sont favorables.

Les situations les plus fréquentes

Le compte hérité. Un compte ouvert par un parent et transmis par succession, dont l’héritier découvre l’existence. L’enjeu porte sur la déclaration de succession, sur les revenus produits depuis, et sur la démonstration que le capital provient bien de la succession.

Le compte d’un ancien expatrié. Une personne revenue en France conserve le compte ouvert pendant son expatriation. L’obligation déclarative naît à la date où elle redevient domiciliée en France, sans qu’aucune formalité ne le lui rappelle.

Le compte de trésorerie professionnel. Un compte ouvert à l’étranger pour une activité, dont le titulaire est une personne physique. Il relève de la même obligation que les comptes personnels.

Le compte d’actifs numériques. Ouvert auprès d’une plateforme établie hors de France, il relève de l’article 1649 A bis du code général des impôts et se déclare selon les mêmes modalités.

Ce que la régularisation apporte, au-delà du chiffre

Trois effets se produisent, qu’aucun calcul de coût ne restitue complètement.

La prescription reprend son cours normal. Une fois les déclarations déposées, le délai décennal cesse de courir sur les années régularisées et la situation redevient lisible.

Le patrimoine redevient transmissible sans difficulté. Un compte non déclaré crée une impasse au décès du titulaire : les héritiers ne peuvent ni l’ignorer, ni le déclarer sans révéler l’antériorité.

Les opérations bancaires redeviennent possibles. Le rapatriement de fonds, l’achat immobilier ou la souscription d’un contrat supposent de justifier l’origine des sommes auprès de l’établissement, qui applique ses propres obligations de vigilance.

À retenir

  • La déclaration rectificative spontanée reste possible tant qu’aucune démarche de l’administration n’est engagée.
  • La régularisation en cours de contrôle de l’article L62 ramène l’intérêt de retard à 70 % de son taux, dans un délai de trente jours.
  • Établir l’origine des fonds est l’étape décisive : à défaut, le capital lui-même peut être présumé constituer des revenus imposables.

Questions fréquentes

Peut-on encore régulariser un compte non déclaré ?
Oui, par une déclaration rectificative spontanée déposée avant toute démarche de l’administration, ou par la procédure de l’article L62 du livre des procédures fiscales une fois le contrôle engagé.

Sur combien d’années porte la régularisation ?
Trois ans en principe, dix ans pour les catégories de revenus non déclarées en cas de manquement aux obligations relatives aux comptes et contrats détenus à l’étranger.

Quelles amendes s’appliquent ?
1 500 € par ouverture ou clôture de compte non déclarée, portée à 10 000 € lorsque le compte est situé dans un État n’ayant pas conclu de convention d’assistance administrative avec la France, auxquelles peut s’ajouter une majoration de 80 % sur les droits rappelés.

Que change une régularisation en cours de contrôle ?
Elle ramène l’intérêt de retard à 70 % du taux de l’article 1727 du CGI, à condition que l’irrégularité ne soit pas constitutive d’une fraude, que la déclaration complémentaire soit déposée dans les trente jours et que les sommes soient acquittées.

La régularisation protège-t-elle des poursuites pénales ?
Non, elle ne confère aucune immunité. Le caractère spontané de la démarche et le montant des droits éludés pèsent toutefois dans l’appréciation des suites données au dossier.

Conduire une régularisation

Nous reconstituons l’historique, établissons l’origine des fonds, préparons les déclarations et portons la discussion avec l’administration. Voir notre page assistance à la régularisation fiscale, notre article sur les amendes des comptes non déclarés, celui sur la requalification du domicile fiscal, celui sur le moment de la consultation, notre page pour protéger son patrimoine avant 2027 et pratique de l’expatriation fiscale. Chaque situation est particulière et mérite une analyse dédiée.

Sources officielles

  • Article 1649 A du code général des impôts, déclaration des comptes détenus à l’étranger et présomption de revenus – Légifrance
  • Article 1649 AA du code général des impôts, contrats souscrits hors de France – Légifrance
  • Article 1736 du code général des impôts, amendes – Légifrance
  • Article 1729-0 A du code général des impôts, majoration de 80 % – Légifrance
  • Article 1727 du code général des impôts, intérêt de retard – Légifrance
  • Article 1741 du code général des impôts, fraude fiscale – Légifrance
  • Article L62 du livre des procédures fiscales, régularisation en cours de contrôle – Légifrance
  • Article L169 du livre des procédures fiscales, délai de reprise – Légifrance
  • Direction générale des finances publiques, formulaire n° 3916 – impots.gouv.fr

Cet article présente l’état du droit à titre d’information générale, vérifié à la date de publication. Il ne constitue pas une consultation juridique. Chaque situation est particulière et mérite une analyse dédiée. Contenu conforme aux règles déontologiques de la profession d’avocat.

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