Ce qu'il faut retenir
- Un impayé de redevances de licence est une inexécution contractuelle ouvrant l'éventail des sanctions de l'article 1217 du Code civil.
- Le concédant peut réagir sans rompre : exception d'inexécution (article 1219), exécution forcée en nature (article 1221) ou réduction du prix (article 1223).
- La clause résolutoire (article 1225) permet de rompre sans procès et constitue le premier outil à examiner.
- La résolution suppose une mise en demeure préalable restée infructueuse, mentionnant expressément la clause résolutoire.
- Après résiliation, le licencié perd le droit d'exploiter la marque et les redevances échues restent dues.
- À défaut de clause résolutoire, la résolution peut résulter d'une notification à ses risques et périls (articles 1224 et 1226) ou d'une décision de justice.
Un licencié exploite votre marque mais cesse de régler les redevances convenues. La situation est plus délicate qu'un simple impayé commercial : tant que le contrat court, le licencié continue d'utiliser votre signe. Réagir vite, mais sans faux pas, devient essentiel. Le droit offre une palette de réponses graduées, du maintien du contrat sous pression à la rupture pure et simple, en passant par le recouvrement de la créance. Encore faut-il choisir le bon levier et respecter le formalisme attaché à chacun. Une résiliation mal notifiée peut se retourner contre le concédant, qui se voit alors reprocher une rupture abusive. Cet article expose les options offertes par le Code civil et par le contrat lui-même, en insistant sur la clause résolutoire, souvent décisive, et sur la mise en demeure préalable, presque toujours requise.
Chaque situation reste particulière et dépend des stipulations du contrat de licence ainsi que de la gravité de l'inexécution. L'analyse ci-dessous présente le cadre applicable, non une consultation adaptée à un cas précis.
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ToggleL'impayé de redevances, une inexécution contractuelle
Le contrat de licence légalement formé tient lieu de loi entre les parties : c'est le principe de force obligatoire posé par l'article 1103 du Code civil. Le défaut de paiement des redevances constitue donc une inexécution, qui ouvre au concédant l'éventail des sanctions énumérées par l'article 1217.
Ce texte recense plusieurs réponses : refuser ou suspendre sa propre obligation, poursuivre l'exécution forcée, obtenir une réduction du prix, provoquer la résolution du contrat, et demander réparation du préjudice. Ces sanctions peuvent se cumuler lorsqu'elles ne sont pas incompatibles, et des dommages-intérêts peuvent toujours s'y ajouter. Le choix entre maintenir ou rompre le contrat structure toute la stratégie.
Réagir sans rompre : exception d'inexécution et exécution forcée
Avant d'envisager la rupture, le concédant peut faire pression tout en préservant le contrat. L'article 1219 autorise une partie à refuser d'exécuter son obligation si l'autre n'exécute pas la sienne, à condition que l'inexécution soit suffisamment grave. C'est l'exception d'inexécution : face à un impayé caractérisé, le concédant peut suspendre certaines de ses propres obligations.
Le concédant peut aussi viser le paiement lui-même. L'article 1221 ouvre la voie à l'exécution forcée en nature, après mise en demeure, et l'article 1223 permet, le cas échéant, une réduction du prix en cas d'exécution imparfaite. Ces leviers maintiennent la relation contractuelle tout en sanctionnant le manquement.
La clause résolutoire, premier réflexe
La plupart des contrats de licence sérieux contiennent une clause résolutoire. L'article 1225 du Code civil la définit : elle précise les engagements dont l'inexécution entraînera la résolution du contrat. Bien rédigée, elle permet de rompre sans procès, ce qui en fait le premier outil à examiner en cas d'impayé.
La mise en demeure préalable
La clause résolutoire ne joue pas seule. L'article 1225 subordonne la résolution à une mise en demeure restée infructueuse, sauf si le contrat a prévu qu'elle résulterait du seul manquement. La mise en demeure ne produit effet que si elle mentionne expressément la clause résolutoire. Une mise en demeure imprécise peut priver la résiliation de tout effet.
Les effets de la résiliation
Une fois la clause régulièrement mise en œuvre, le contrat prend fin et le licencié perd le droit d'exploiter la marque. Les redevances échues restent dues. La cessation effective de l'usage du signe et le sort des stocks doivent être anticipés dans le contrat, faute de quoi la fin de la licence génère un contentieux résiduel.
Résolution par notification ou judiciaire
En l'absence de clause résolutoire, ou si le concédant préfère une autre voie, l'article 1224 prévoit deux mécanismes. La résolution peut résulter d'une notification du créancier au débiteur, ou d'une décision de justice. La voie de la notification est ouverte par l'article 1226 : le créancier rompt le contrat à ses risques et périls, après mise en demeure restée vaine, sauf urgence.
Cette résolution unilatérale présente un risque : le débiteur peut saisir le juge pour la contester, et la gravité de l'inexécution sera alors appréciée a posteriori. La voie judiciaire, plus lente, offre en contrepartie la sécurité d'une décision rendue après débat. Le choix entre ces options dépend de l'urgence, de la solidité du dossier et de la rédaction du contrat.
Recouvrer les redevances impayées
Rompre le contrat ne fait pas disparaître la dette. Les redevances échues demeurent exigibles et peuvent être recouvrées, au besoin par voie judiciaire. La réparation du préjudice subi, prévue par l'article 1217, peut s'ajouter au principal. La conservation des justificatifs, des relances et des éléments de chiffre d'affaires déclaré conditionne la solidité de l'action en recouvrement.
Points de vigilance
- La résolution n'est presque jamais automatique : une mise en demeure préalable est en principe requise, sauf clause contraire.
- La mise en demeure doit mentionner expressément la clause résolutoire pour produire effet.
- La résolution unilatérale par notification se fait « aux risques et périls » du créancier et peut être contestée devant le juge.
- Le caractère « suffisamment grave » de l'inexécution s'apprécie au cas par cas.
- Les redevances échues restent dues après la rupture : dissociez fin du contrat et recouvrement de la créance.
Dans quels cas consulter un avocat ?
L'accompagnement d'un avocat est utile pour choisir le levier adapté, rédiger une mise en demeure efficace et sécuriser la résiliation de la licence sans s'exposer à un grief de rupture abusive. Pour la stratégie contractuelle et la fin de la licence, l'appui d'un avocat en propriété intellectuelle et droit des marques à Paris permet d'articuler les sanctions du Code civil avec les clauses du contrat. Pour la récupération des sommes dues, l'intervention d'un avocat en recouvrement de factures impayées à Paris structure l'action en paiement.
Chaque dossier mérite une analyse propre : la solution dépend des faits, de la rédaction du contrat et de la jurisprudence applicable.
Ce que dit le droit
Le contrat de licence de marque, prévu par l'article L714-1 du Code de la propriété intellectuelle, oblige le licencié à payer les redevances convenues. Leur non-paiement constitue une inexécution contractuelle. Le concédant peut alors, selon les cas, mettre en jeu une clause résolutoire, ou provoquer la résolution du contrat pour inexécution suffisamment grave (article 1224 du Code civil), tout en réclamant les redevances impayées et, le cas échéant, des dommages et intérêts.
En pratique, la clause de résiliation pour défaut de paiement, assortie d'une mise en demeure et d'un délai, sécurise le concédant et accélère la reprise de la marque. À défaut, la voie judiciaire reste ouverte mais plus lente.
Sources officielles
- Article L714-1 du Code de la propriété intellectuelle, licence de marque : Légifrance
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