L'action en comblement de passif est la procédure par laquelle le mandataire judiciaire ou le ministère public peut demander qu'un dirigeant de société soit condamné à supporter sur son patrimoine personnel tout ou partie de l'insuffisance d'actif constatée lors d'une liquidation judiciaire. Cette action peut aboutir à une condamnation personnelle du dirigeant pour un montant pouvant atteindre l'intégralité du passif non couvert par l'actif de la société.
Elle n'est pas automatique. Elle suppose la réunion de conditions précises et peut être contestée. Mais les enjeux sont suffisamment importants pour que tout dirigeant d'une société en difficulté en comprenne les mécanismes.
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ToggleLes conditions de l'action
L'action en comblement de passif suppose la réunion de trois conditions cumulatives : l'ouverture d'une liquidation judiciaire de la société, une insuffisance d'actif (l'actif réalisable est insuffisant pour désintéresser les créanciers), et une ou plusieurs fautes de gestion ayant contribué à cette insuffisance d'actif.
Le lien de causalité entre la faute de gestion et l'insuffisance d'actif est une condition essentielle : une faute de gestion qui n'a pas contribué à l'insuffisance d'actif ne fonde pas l'action en comblement. Ce lien doit être démontré par le demandeur.
Les fautes de gestion concernées
La notion de faute de gestion est interprétée largement par les tribunaux. Elle peut inclure la poursuite d'une activité déficitaire sans perspective raisonnable de redressement, des prélèvements excessifs au détriment de la société, une comptabilité irrégulière ou inexistante, un défaut de déclaration de cessation des paiements dans les délais légaux, des actes de gestion anormaux au détriment des créanciers (cessions d'actifs sous-évaluées, paiements préférentiels à certains créanciers), ou des manquements graves aux obligations légales ou statutaires.
Il faut noter que la seule mauvaise gestion ne suffit pas : la faute doit avoir contribué à créer ou à aggraver l'insuffisance d'actif.
Les personnes concernées
L'action peut être engagée contre les dirigeants de droit (gérants, présidents, directeurs généraux) mais également contre les dirigeants de fait, c'est-à-dire les personnes qui ont exercé en fait des fonctions de direction sans en avoir le titre officiel. La notion de dirigeant de fait est interprétée selon les circonstances et peut inclure des actionnaires majoritaires, des associés ou des tiers ayant exercé une influence déterminante sur les décisions de la société.
La défense du dirigeant
Le dirigeant mis en cause dans une action en comblement de passif dispose de plusieurs moyens de défense. Il peut contester l'existence de fautes de gestion, en démontrant que les décisions prises étaient raisonnables au regard des informations disponibles au moment où elles ont été prises. Il peut contester le lien de causalité entre les fautes alléguées et l'insuffisance d'actif. Il peut faire valoir des circonstances extérieures ayant contribué aux difficultés (crise sectorielle, défaillance d'un client majeur, évolution réglementaire imprévisible).
La prescription et les délais
L'action en comblement de passif est soumise à des délais de prescription spécifiques définis par le Code de commerce. Ces délais courent à compter de la date du jugement d'ouverture de la procédure collective. Un dirigeant qui n'est pas poursuivi dans ces délais ne peut plus l'être ultérieurement.
Pour un accompagnement en cas de mise en cause, consultez notre page dédiée à l'avocat responsabilité du dirigeant en procédure.