Le fonctionnement de la clause de Ratchet

Relu et validé par Maître Arnaud Touati, avocat associé et co-fondateur du cabinet

clause de Ratchet
Sommaire

Ce qu'il faut retenir

  • La clause de ratchet ajuste la participation d'un investisseur si un tour ultérieur se réalise à un prix par action inférieur (down round).
  • Elle ne rembourse pas l'investisseur : elle augmente le nombre de titres qu'il détient pour rapprocher son prix moyen du nouveau prix.
  • Le full ratchet aligne le prix de référence sur le nouveau prix, sans nuance, et provoque une dilution très élevée pour les fondateurs.
  • Le weighted average propose un ajustement proportionné, tenant compte du prix initial, du prix nouveau et du volume de titres concernés.
  • Le mécanisme s'inscrit dans un pacte d'associés et interagit avec la gouvernance, les droits préférentiels et les opérations sur capital.
  • Mal calibrée, la clause crée une dilution brutale, une tension au cap table et parfois un blocage du tour suivant.

Vous signez un term sheet, puis la peur arrive : et si le prochain tour se fait à une valorisation plus basse ? Cette question reste l’un des points de friction majeurs des levées, parce qu’elle touche à la confiance, à la dilution et au contrôle.

Dans les négociations, la clause de ratchet sert précisément à traiter ce scénario de baisse. Elle donne à certains investisseurs un mécanisme d’ajustement si un financement ultérieur se réalise à un prix par action inférieur. Bien utilisée, elle sécurise l’engagement des investisseurs et stabilise la discussion sur la valorisation. Mal calibrée, elle crée une dilution brutale, une tension durable au cap table, et parfois un blocage au tour suivant.

Ce texte explique le fonctionnement, les variantes, les déclencheurs, les zones de risque, et les réflexes de rédaction qui réduisent les contentieux. Il reste volontairement dans le cadre général et contractuel, car chaque structure de capital et chaque tour impose ses propres arbitrages. Si vous préparez un pacte, l’appui d’un avocat levée de fonds évite souvent les clauses « pièges » qui se retournent contre la société au moment où elle doit accélérer.

Clause de ratchet : de quoi parle-t-on réellement ?

Une clause de ratchet organise une compensation au profit d’un investisseur si la société réalise, plus tard, une opération à un prix par action inférieur à celui payé par cet investisseur. Le cas typique correspond à un down round : une levée à une valorisation plus faible que le tour précédent.

Dans la pratique, la clause cherche à préserver l’économie de l’investissement initial. Elle ne « rembourse » pas l’investisseur. Elle modifie plutôt le nombre de titres qu’il détiendra après l’opération, en augmentant sa participation, afin que son prix moyen de revient par action se rapproche du nouveau prix. Le mécanisme se matérialise par l’attribution ou la souscription de titres supplémentaires, selon ce que le pacte et la documentation d’émission prévoient.

Cette logique s’inscrit dans un pacte d’associés, parfois complété par des engagements annexes. Elle interagit aussi avec les règles de gouvernance, les droits préférentiels, et les opérations sur capital, parce qu’une compensation ne se fait pas « dans le vide » : elle se fait via une émission, une cession, ou une combinaison de techniques.

Pourquoi les investisseurs demandent-ils un ratchet ?

Un investisseur accepte une part d’incertitude, mais il veut contrôler certains risques. La baisse de valorisation fait partie des risques les plus sensibles, car elle réduit la valeur théorique des titres existants et complexifie la capacité de la société à relever des fonds.

La clause de ratchet sert alors de garantie économique. Elle signale que, si la société doit financer une phase difficile à un prix plus bas, l’investisseur initial ne portera pas seul l’effet de cette baisse. Cette protection peut faciliter la décision d’investir et améliorer la vitesse d’exécution du tour, notamment quand la société a besoin de sécuriser un montant rapidement.

En contrepartie, le fondateur accepte une dilution potentiellement plus forte que celle résultant du seul tour futur. C’est un échange : un peu plus de protection pour obtenir le financement, mais une discipline de gestion du cap table pour éviter l’emballement au prochain tour.

Les deux grandes familles de ratchet : full ratchet et weighted average

Le full ratchet : l’ajustement le plus agressif

Le full ratchet considère, en substance, que l’investisseur initial aurait dû payer le même prix que celui du tour ultérieur plus bas. Il ajuste donc son prix de référence au nouveau prix, sans nuance. Plus le nouveau tour est bas, plus la compensation devient lourde.

Ce mécanisme produit souvent une dilution très élevée pour les fondateurs et pour les actionnaires non protégés. Il peut aussi décourager de nouveaux investisseurs, car il « surcharge » le tour futur : une part de l’opération sert à compenser le passé plutôt qu’à financer la croissance.

En pratique, beaucoup d’équipes ne l’acceptent que dans des cas particuliers : tour de sauvetage, négociation très contrainte, ou investisseurs imposant une protection maximale en contrepartie d’un risque perçu comme exceptionnel.

Le weighted average : l’ajustement proportionné

Le weighted average vise un ajustement plus proportionné. Il tient compte du prix initial, du prix nouveau, et d’une donnée de volume liée au nombre de titres concernés. L’idée reste la même : réduire l’impact économique d’un down round sur l’investisseur initial, mais sans basculer dans une dilution punitive.

Dans les usages, on distingue des approches « narrow » et « broad », selon que l’on prend une assiette plus ou moins large de titres pour le calcul. Plus l’assiette est large, plus l’ajustement devient modéré. Cette famille de clauses s’insère plus facilement dans des tours successifs, car elle limite l’effet de cascade sur la table de capitalisation.

Elle n’élimine pas la dilution, mais elle la rend plus prévisible, ce qui réduit la conflictualité entre associés quand le contexte de marché se dégrade.

Ce qui déclenche un ratchet : la clause ne doit jamais rester vague

Une clause de ratchet fonctionne uniquement si le pacte définit précisément les situations de déclenchement. Les formules trop générales créent des interprétations opposées et ouvrent la porte à des litiges, surtout lorsque la société est sous pression.

Généralement, le déclencheur correspond à une émission de titres à un prix inférieur au prix de référence défini pour l’investisseur protégé. Cependant, le pacte doit aussi définir ce qu’il compare réellement : un prix par action, un prix par valeur mobilière, ou une valeur implicite tenant compte de droits préférentiels. Le pacte doit aussi préciser si l’on compare un prix « brut » ou un prix ajusté de certains avantages.

Le plus souvent, la clause prévoit aussi des exclusions, parce que certaines émissions ne doivent pas déclencher la protection : plans d’intéressement, actions gratuites, options, conversions automatiques, ou émissions spécifiques liées à des mécanismes d’incentive. Sans exclusions explicites, la clause peut se déclencher dans des cas où personne ne l’avait anticipé.

Ratchet et techniques de mise en œuvre : émission, cession, conversion

La mise en œuvre dépend de la structure juridique et du type de titres. En principe, la société ne « crée » pas des titres par simple décision contractuelle. Elle doit respecter les règles de gouvernance et d’émission applicables, ce qui renvoie souvent à des opérations encadrées par le droit des sociétés.

Le pacte peut organiser une compensation par une émission de titres réservée, par une cession par les fondateurs, ou par un ajustement via des valeurs mobilières donnant accès au capital déjà prévues. Chaque option a ses conséquences : charge de trésorerie, dilution, formalités, et acceptabilité par les nouveaux investisseurs.

Dans certaines configurations, on préfère un mécanisme qui s’active automatiquement via la documentation des titres (par exemple, une conversion ajustée), car cela réduit la dépendance à une action volontaire des fondateurs. Dans d’autres, on utilise une promesse de cession, mais uniquement si elle s’intègre proprement aux règles internes de la société et à la cohérence du pacte.

Le point de friction numéro 1 : la dilution des fondateurs

La critique la plus fréquente vise la dilution. Un ratchet transfère mécaniquement de la participation vers l’investisseur protégé, au détriment des autres. Ce transfert peut faire basculer des équilibres de contrôle et modifier le rapport de force en gouvernance.

Le risque s’amplifie lorsque plusieurs tours successifs intègrent des protections similaires. Une clause acceptable au tour 1 peut devenir explosive au tour 3. Les fondateurs découvrent alors que la « petite » concession initiale coûte beaucoup plus cher que prévu, parce qu’elle s’additionne avec d’autres droits préférentiels, et parce que la société n’a plus la même marge de négociation.

C’est pour cela que l’on encadre généralement le ratchet par des limitations claires : durée, plafond, exclusions, conditions de participation au tour suivant, et articulation avec les autres clauses du pacte.

Le point de friction numéro 2 : l’effet repoussoir pour les investisseurs du tour suivant

Un investisseur entrant au tour N veut financer l’avenir, pas réparer le passé. Si le ratchet « mange » une partie substantielle du tour, le nouvel investisseur considère que son argent finance une compensation, et non une trajectoire. Il demande alors soit une baisse supplémentaire de valorisation, soit des droits additionnels, soit une restructuration du cap table avant d’investir.

Le plus souvent, cela se traduit par des négociations longues, une augmentation du risque de rupture, ou des exigences de nettoyage capitalistique. Une clause de ratchet trop agressive peut donc paradoxalement fragiliser la capacité de la société à lever des fonds quand elle en a le plus besoin.

Pour limiter cet effet, on privilégie une formule proportionnée, des exclusions cohérentes, et un mécanisme qui ne crée pas une « double peine » lors d’un down round.

Rédiger une clause « défensive » : ce qui doit apparaître noir sur blanc

Un pacte résiste aux crises quand il définit des termes simples et vérifiables. Une clause de ratchet défensive précise généralement : (1) le prix de référence, (2) les opérations concernées, (3) les exclusions, (4) la formule, (5) les modalités pratiques, et (6) le traitement des cas limites.

La clause doit notamment définir comment elle traite les instruments complexes : titres avec préférence, bons, obligations convertibles, ou instruments qui comportent des ajustements. Elle doit aussi expliquer comment elle gère les opérations combinées, par exemple une levée avec plusieurs catégories de titres émises simultanément.

Elle doit enfin préciser qui calcule l’ajustement, selon quelles données, dans quel délai, avec quel mécanisme de contestation. Sans ce cadre, la clause se transforme en débat, puis en conflit, au moment où la société a besoin de clarté.

Ratchet et augmentations de capital : articulation pratique

Dans de nombreuses sociétés, l’activation du ratchet conduit, directement ou indirectement, à une émission de titres. Cette émission doit alors s’inscrire dans les décisions sociales et dans les délégations prévues, ce qui renvoie au cadre des augmentations de capital.

Le pacte ne doit pas promettre l’impossible. Il doit rester compatible avec la capacité de la société à réaliser l’opération et avec les procédures internes. En pratique, on prévoit souvent une obligation de faire, une organisation des votes, et des engagements de coopération des parties. On évite aussi de rédiger une mécanique qui suppose des décisions irréalistes en période de tension.

Un bon réflexe consiste à relire la clause comme si vous étiez au lendemain d’un down round : qui décide, qui signe, qui convoque, qui calcule, qui émet, et que se passe-t-il si une partie refuse de coopérer ? Cette lecture « stress test » élimine beaucoup de formulations dangereuses.

Que se passe-t-il si la clause n’est pas respectée ?

Quand une clause est valable et applicable, son non-respect déclenche, en principe, les remèdes contractuels classiques : exécution, indemnisation, ou mécanismes prévus par le pacte. Dans les faits, la question devient rarement théorique, car elle touche à la propriété des titres et au contrôle de la société.

Le plus souvent, le litige naît d’un désaccord sur le déclenchement, sur le calcul, ou sur la qualification d’une opération « exclue ». Il peut aussi naître d’une impossibilité pratique d’exécuter, par exemple si l’opération supposée n’a pas été structurée pour permettre l’ajustement dans de bonnes conditions.

Une rédaction défensive vise précisément à réduire ces zones grises. Elle prévoit un processus de calcul, un délai, une information obligatoire, et une coordination avec les opérations sur capital. Elle évite les promesses absolues et préfère des formulations opératoires, testables, et cohérentes avec la gouvernance.

Les garde-fous les plus utilisés pour éviter une clause « toxique »

Une clause peut protéger un investisseur sans détruire l’équilibre du pacte. Pour cela, on insère généralement des garde-fous. Ils varient selon le contexte, mais certains reviennent souvent dans les négociations.

Le premier garde-fou consiste à limiter la clause dans le temps, par exemple jusqu’à un tour précis ou pendant une période définie. Le deuxième impose une condition de comportement : l’investisseur protégé doit participer au tour suivant pour bénéficier de l’ajustement. Le troisième fixe un plafond de compensation, afin de contenir la dilution maximale.

On prévoit aussi des exclusions détaillées et cohérentes, notamment pour les émissions liées aux plans d’intéressement. Enfin, on clarifie l’articulation avec les autres clauses du pacte, car un ratchet combiné à d’autres mécanismes peut produire un effet cumulatif inattendu.

Ratchet, pacte et cohérence d’ensemble : l’erreur classique

L’erreur classique ne vient pas d’une formule mal choisie. Elle vient d’une clause choisie sans lecture globale du pacte. Une clause de ratchet ne vit pas seule : elle interagit avec les droits de liquidité, les préférences, les anti-dilutions, les clauses de sortie, et les mécanismes de gouvernance.

Par exemple, une protection économique agressive combinée à des droits de veto larges peut rendre la société difficile à piloter. Une clause mal articulée peut aussi créer des incitations contre-productives, où certains acteurs préfèrent un scénario de baisse parce qu’il déclenche une compensation favorable.

La meilleure approche consiste à relire le pacte comme une architecture. Si une clause produit un gain pour un acteur, elle doit rester acceptable pour les autres, sinon elle reviendra comme un problème au tour suivant, au moment où la société a besoin de vitesse.

Quand faut-il refuser un ratchet ?

Il n’existe pas de réponse universelle. Néanmoins, certains signaux conduisent souvent à refuser ou à renégocier fortement. C’est le cas si la société se retrouve avec une dilution potentielle non plafonnée, ou si la clause se déclenche sur des opérations courantes comme des outils d’intéressement.

C’est aussi le cas si la clause empêche la société de mener un tour futur dans des conditions raisonnables. Un ratchet qui rend quasiment impossible un financement ultérieur devient un risque systémique, même si le tour actuel se signe.

Enfin, si la documentation laisse trop de zones grises, la clause peut devenir une source de blocage durable. À ce stade, un avocat en droit des sociétés aide à remettre la clause dans un cadre opératoire, compatible avec la gouvernance et les opérations à venir.

Focus : éviter l’angle mort des « opérations équivalentes »

Beaucoup de litiges viennent de la qualification d’une opération. Est-ce une nouvelle émission ? Une conversion ? Une restructuration ? Une opération intermédiaire avec plusieurs instruments ? Le pacte doit anticiper ces cas, car les montages modernes multiplient les formes d’accès au capital.

On évite généralement les formulations du type « toute opération ayant un effet similaire » sans définition. Elles semblent protectrices, mais elles déclenchent des discussions interminables. On préfère lister les catégories d’opérations et ajouter une clause d’interprétation encadrée, avec des critères concrets.

Cette précision réduit le risque de conflit au moment où la société doit exécuter vite. Elle protège aussi les dirigeants, car elle clarifie le cadre d’exécution sans dépendre d’une lecture opportuniste d’un tiers.

Ce que les fondateurs doivent comprendre avant de signer

Signer un ratchet revient à accepter une règle de redistribution en cas de scénario défavorable. Il faut donc l’évaluer comme on évalue une assurance : dans quels cas elle s’active, à quel coût maximal, et avec quelles conséquences sur le contrôle.

Il faut aussi mesurer l’effet psychologique sur le tour suivant. Même un ratchet modéré envoie un signal : « les investisseurs précédents ont demandé une protection ». Cela n’est pas forcément négatif, mais cela influence la perception et la négociation future.

Enfin, il faut relire le pacte comme un contrat vivant. Les clauses trop dures se renégocient rarement dans de bonnes conditions. Elles se renégocient quand la société a besoin d’argent, donc quand elle négocie en position faible. Mieux vaut un mécanisme proportionné, clair, et soutenable.

Un dernier mot sur la discipline contractuelle en levée

En principe, un pacte produit ses effets parce que les parties l’ont librement accepté, et parce qu’elles doivent l’exécuter de bonne foi. Dans une levée, la vitesse pousse parfois à signer des clauses sans les « stresser ». C’est précisément là que naissent les difficultés.

La clause de ratchet peut sécuriser une levée et stabiliser l’engagement d’un investisseur. Elle peut aussi, si elle est mal calibrée, fragiliser les tours suivants et créer une dilution incontrôlée. La différence tient rarement à une phrase isolée. Elle tient à la cohérence d’ensemble, à la précision des déclencheurs, aux exclusions, aux plafonds, et à la mécanique d’exécution.

Si vous voulez comprendre comment une clause de ratchet prévue lors d'une nouvelle levée peut interagir avec d’autres clauses sensibles du pacte, vous devez raisonner en architecture : une protection n’a de valeur que si elle reste compatible avec la croissance future et la capacité de la société à financer ses prochaines étapes.

Définition et principes de base de la clause de ratchet

Une clause de ratchet permet aux actionnaires initiaux d’ajuster leur prix de revient lorsque la société procède à une émission de nouveaux titres à un prix inférieur à celui qu’ils ont payé. Cette protection contre la dilution économique est fréquemment demandée par ceux qui investissent dans une entreprise en pleine croissance. Elle ne maintient pas leur pourcentage de détention face à toute émission : elle compense la baisse du prix par action.

En général, les clauses de ratchet varient d’un contrat à l’autre. Elles reposent toutes sur un ajustement destiné à compenser, pour les premiers investisseurs, l’effet économique d’une émission à prix réduit. Ces ajustements peuvent se traduire par l’attribution d’actions nouvelles à un prix symbolique ou par une réduction du prix d’achat des actions supplémentaires.

Types de clauses de ratchet

Full ratchet

Lorsque l’on parle de full ratchet, il s’agit d’une forme stricte de protection où le prix des actions des premiers investisseurs est entièrement ajusté à la baisse si de nouvelles actions sont émises à un prix inférieur. Prenons un exemple simple : un investisseur a acheté des actions à 10 euros chacune, puis de nouvelles actions sont émises à 5 euros. On recalcule alors sa participation comme s’il avait payé 5 euros par action.

Concrètement, la société lui attribue des actions supplémentaires pour compenser cette différence : dans l’exemple, son nombre d’actions double. Sa participation au capital augmente donc, au détriment des fondateurs et des actionnaires non protégés.

Ratchet partiel

Contrairement au full ratchet, le ratchet partiel offre une approche moins rigide. Ici, l'ajustement du prix des actions existantes sera fait non pas de manière complète mais partiellement, selon une formule définie dans le pacte d'associés. La formule peut impliquer une moyenne des prix des différentes émissions d’actions afin de trouver un compromis entre le prix d’émission initial et le nouveau prix réduit.

Ce type de clause permet donc de modérer les effets dilutifs tout en offrant une certaine marge de manœuvre aux fondateurs lors des futures levées de fonds, souvent prises en considération lors des discussions juridiques sur les choix stratégiques entre une levée de fonds en equity ou avec des Obligations Convertibles en Actions (OCA). Vous trouverez plus d’informations dans l’article sur la protection intellectuelle et levée de fonds.

Les aspects juridiques de la clause de ratchet

Une clause de ratchet figure dans un pacte : elle a une valeur contractuelle et n’a pas à être approuvée par l’assemblée pour exister. Sa mise en œuvre passe en revanche, le plus souvent, par une émission de nouveaux titres. Dans une société anonyme, l’assemblée générale extraordinaire est seule compétente pour décider une augmentation de capital, immédiate ou à terme, et peut déléguer cette compétence (article L. 225-129 du Code de commerce). Le pacte doit donc organiser les votes nécessaires pour sécuriser l’exécution de la clause, tant pour les investisseurs que pour les émetteurs de titres.

Bien rédiger cette clause dans le pacte d’associés limite les ambiguïtés et les litiges ultérieurs. Un avocat en droit des sociétés aide toutes les parties prenantes à comprendre les modalités et les conditions attachées à cette clause.

Avantages et inconvénients pour les différents acteurs

Pour les investisseurs, les avantages d’une telle clause sont nets. Outre la protection contre la dilution, elle limite l’effet d’une émission à prix réduit sur la valeur de leur investissement. Lors de périodes de baisse de valorisation, elle joue un rôle de protection financière.

Pour les entrepreneurs et les entreprises, ce type de clause peut parfois poser des défis. Bien que cela facilite l'obtention de financements, cela peut aussi limiter la flexibilité financière et conduire à une dilution plus importante des intérêts des fondateurs. Une réflexion stratégique est donc nécessaire avant d'intégrer une telle composante dans le cadre des levées de fonds.

Exemples pratiques d'utilisation de la clause de ratchet

Prenons l’exemple d’une startup technologique en phase de croissance rapide. Lors de sa série A, l’entreprise attire plusieurs investisseurs institutionnels qui négocient une clause de ratchet dans le pacte d’associés. Si cette startup connaît une période difficile par la suite, entraînant une nouvelle émission de titres à un prix beaucoup plus bas durant la série B, les investisseurs de la série A bénéficieront alors d’un ajustement : des titres supplémentaires leur seront attribués pour rapprocher leur prix de revient du nouveau prix.

InvestisseurSérie A (Prix initial)Série B (Nouveau prix)Titres supplémentaires (full ratchet)
Investisseur A10 €5 €Nombre d’actions recalculé comme si l’investissement avait été réalisé à 5 € (deux fois plus d’actions)

Une clause de ratchet peut aussi figurer dans les accords de financement d’une société cotée avec des fonds d’investissement. Elle ne protège pas contre la baisse du cours de bourse : elle joue seulement en cas d’émission nouvelle à un prix inférieur au prix de référence convenu.

La clause de ratchet représente donc une dimension importante à considérer lors de la structuration de levées de fonds et d’autres opérations financières. Bien préparée, elle peut rassurer les investisseurs tout en permettant aux entreprises d’accéder aux capitaux nécessaires pour leur croissance. Toutefois, il convient de porter une attention particulière à sa rédaction afin de concilier les intérêts divergents des différentes parties prenantes.

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