Le constat de commissaire de justice sur internet (anciennement constat d'huissier) suit un protocole technique strict, codifié notamment par la norme AFNOR NF Z67-147. Il consiste à capturer une page web ou un échange numérique (site, profil, courriel, message) à un instant donné, dans un environnement maîtrisé, pour conférer à cette capture une force probante en justice. Le coût type se situe entre 200 et 1 500 euros selon la complexité.
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TogglePourquoi un constat plutôt qu'une simple capture d'écran
Une capture d'écran personnelle a une valeur probatoire faible. Le juge peut la retenir, mais l'adversaire peut contester son authenticité, sa date, ou son intégrité. Sur internet, où le contenu peut être modifié à tout moment, cette fragilité est massive.
Le commissaire de justice est officier ministériel. Son acte authentique fait foi jusqu'à inscription de faux, en application de l'article 1371 du Code civil. Le constat numérique d'un commissaire de justice apporte donc une force probante d'un autre ordre : il identifie l'auteur (l'officier), la date (instant horodaté du procès-verbal) et le contenu observé.
Le cadre légal et normatif
Le statut de commissaire de justice est issu de l'ordonnance n° 2016-728 du 2 juin 2016, qui a fusionné les professions d'huissier de justice et de commissaire-priseur judiciaire. La fusion est devenue effective le 1er juillet 2022.
La norme AFNOR NF Z67-147 publiée en septembre 2010 définit le mode opératoire du constat sur internet : vidange du cache, suppression des cookies, désactivation du proxy, vérification de l'horloge système, identification de l'adresse IP utilisée, capture des en-têtes techniques. La Cour de cassation a validé son rôle dans plusieurs arrêts (Cass. com. 25 nov. 2008 sur la fiabilité du constat numérique, sous réserve du respect du protocole).
Les six étapes du protocole
- Préparation du poste : vérification de l'heure, suppression des fichiers temporaires, désactivation des extensions, vérification de l'absence de proxy.
- Identification du contexte : relevé de l'adresse IP de l'officier, du fournisseur d'accès, de la version du navigateur.
- Capture du contenu visé : navigation à l'URL, captures d'écran de chaque page utile, sauvegarde du code source HTML, enregistrement des fichiers téléchargés.
- Vérifications techniques : relevé des en-têtes HTTP, des dates de modification déclarées par le serveur, des certificats SSL le cas échéant.
- Annexion : les pages capturées et les fichiers source sont annexés au procès-verbal, paginés et signés.
- Signature et délivrance : l'officier signe le procès-verbal, le date, le numérote et le délivre au requérant.
Quand et comment commander un constat
Le commanditaire transmet à l'office les URL ou identifiants de comptes à constater, le contexte du litige et l'usage prévu du constat. Le délai de réalisation va de quelques heures (urgence) à quelques jours selon la complexité. L'officier intervient :
- directement à son office, depuis son poste contrôlé ;
- au domicile du requérant, si l'accès au compte ou à la machine est nécessaire (boîte mail, espace privé) ;
- chez un tiers technique habilité, pour les constats nécessitant des outils spécifiques (forensique, blockchain, cryptographie).
Les usages typiques en pratique
- Contrefaçon de marque ou de droit d'auteur : capture d'un site, d'un produit en vente, d'un logo, d'un texte copié.
- Diffamation et dénigrement : capture d'un avis client, d'un post sur réseau social, d'un article de blog.
- Concurrence déloyale : capture d'une page concurrente, d'une mention publicitaire, d'un comparatif trompeur.
- Violation d'un NDA : capture d'une fuite d'information sur un forum, un GitHub public, un compte LinkedIn.
- Cyber-harcèlement : capture de messages, profils, échanges privés.
- Litige commercial en ligne : capture des conditions générales en vigueur à une date donnée, du parcours d'achat, du contenu d'un site marchand.
Les coûts à anticiper
Le tarif du constat n'est pas réglementé : il s'agit d'un acte hors monopole, librement facturé. Les fourchettes pratiquées :
- 200 à 400 euros HT : constat simple d'une URL, quelques pages.
- 500 à 1 000 euros HT : constat complexe (parcours utilisateur, achat test, comparaison de plusieurs URL).
- 1 000 à 2 500 euros HT : constat avec authentification, captures vidéo, expertise complémentaire.
En cas de gain de procès, ces frais peuvent être inclus dans la condamnation aux dépens ou aux frais irrépétibles de l'article 700 du Code de procédure civile.
Les pièges à éviter
- Constat sans respect du protocole : un constat où la vidange du cache ou la vérification de l'horloge n'a pas été effectuée peut être contesté avec succès.
- Délai trop long entre la découverte et le constat : un contenu retiré entre-temps n'est plus capturable.
- Constat depuis un poste personnel sans certification : le requérant qui produit ses propres captures perd l'effet d'authenticité de l'acte d'officier.
- Oubli de la sauvegarde du code source : les balises meta, le timestamp, les méta-données du fichier sont parfois plus probants que la capture visuelle.
- Constat ciblant un compte privé sans habilitation : l'accès non autorisé à un système de traitement automatisé de données est sanctionné par les articles 323-1 et suivants du Code pénal. Un constat doit s'effectuer sur des contenus publiquement accessibles ou avec accord explicite du titulaire.
Constat préventif ou réactif
Le constat peut être ordonné en amont (par exemple pour figer ses propres conditions générales avant un litige possible) ou en réaction (à la découverte d'une atteinte). Le constat préventif sécurise les preuves de l'antériorité d'un site, d'un design, d'une mention. Le constat réactif fige la preuve d'une atteinte avant qu'elle disparaisse. Chaque situation est particulière et appelle une analyse au cas par cas.
Pour aller plus loin
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